Épisode 25 L'information et la défense des acteurs de complément

Bonjour à toutes et à tous.

Cela fait plus de 4 ans maintenant, c’était le 10 décembre 2008, l’A.C.I.A
(Association des Comédiens et Intervenants Audiovisuels) voyait officiellement le jour.

L’objectif premier était la lutte pour l’application de la Convention collective de l’audiovisuel (IDCC 2642) que l’on s ‘était vu imposer par les organisations patronales de producteurs pour la télévision, avec comme conséquence la plus directe une baisse plus que marquée de nos salaires, mais ça vous l’aviez bien sûr remarqué.
Très rapidement, nous nous sommes rendu compte que le combat allait être intense.

Nous avons appris les textes. Nous avons appris plus précisément, à « décortiquer » les textes. Depuis cette date, nous tentons jour après jour de les faire appliquer.
Nous vous avons rappelé régulièrement que votre journée de travail commence à l’heure de convocation et non pas à l‘heure du P.A.T, comme certains voudraient nous le faire croire. Il faudrait une bonne fois pour toutes que cela soit intégré par nos employeurs.
Vos journées de travail sont de 8 heures effectives plus 1 heure pour la pause repas, non comptabilisable comme temps de travail effectif. Cela veut dire que 9 heures après votre convocation vous êtes en dépassement.
S’il doit y avoir des « heures sup », ce sont donc des heures de dépassement journalier. On vous les doit bien évidement…
Il en est de même, sauf quelques petites subtilités, pour le cinéma.

Afin d’être entendu par nos employeurs, il nous a donc fallu nous encarter dans différents syndicats habilités pour les négociations mixtes paritaires avec ces employeurs et l’État.
Si nous n’avions pas été présents autour de la table lors de différentes réunions, les actrices et acteurs de complément auraient tout simplement été éjectés du projet actuel de Convention collective du cinéma. Les répercussions en auraient été désastreuses. Plus de convention collective, plus du tout de grille de salaires. Plus de grille de salaires, c’est tout simplement le SMIC pour tout le monde, soit des cachets à 75.44€ (à l’heure ou vous lisez ces lignes).

La D.G.T (Direction Générale du Travail) nous a alors fait une proposition : rédiger un projet de convention collective pour les actrices et acteurs de complément. Les choses malheureusement ne se faisant pas toute seules, nous nous sommes mis au travail une fois de plus et avons abouti à un projet après 20 mois. Cela n’est qu’un projet, déjà soumis aux organisations patronales, et croyez nous, il n’est pas facile d’être en face de nos employeurs.

Nous avons aussi beaucoup œuvré en amont pour certains décors auprès des producteurs, ce qui permettait d’appliquer le fameux « principe de précaution » : pas très spectaculaire, certes, mais relativement efficace.
Certaines de nos autres actions ont été beaucoup plus remarquées puisque rétroactives. Il est arrivé à de nombreuses reprises que des rectifications de vos salaires soient apportées quelques semaines, voire quelques mois après vos journées de travail.

Nous n’allons pas ici dresser un « tableau de chasse », mais quelques chiffres tout de même s’imposent. Notre première grosse action voyait rectifier 249 cachets avec une moyenne de 80€ net par personne. Puis ce furent des rectifications pour 120 cachets, 60 cachets, 80… 30… 210… parfois moins, 18… 10. A chaque fois, si cela a été possible, c’est grâce à vos remontées d’informations.
Il est arrivé aussi que pour des raisons X ou Y, nous ne sommes malheureusement pas parvenus à nos fins. On ne gagne pas à tous les coups…

Nos activités ont débordé, vous l’imaginez bien, vers bon nombre d’autres problèmes.
Vous avez fréquemment fait appel à nous pour de multiples questions au sujet d’autres interrogations que vous vous posiez. Nous avons tenté de vous répondre au mieux, dans les délais les plus courts.
Si parfois nous n’y sommes pas arrivés, ne nous en veuillez pas, ce n’est jamais faute d’avoir essayé !

Dans un tout autre domaine, en avril 2012, suite au paramétrage inadapté du logiciel de paie d’un prestataire de service, nos A.E.M se voyaient créditées de 8 heures, et non plus de 12 heures, soit un cachet isolé. Une fois de plus il y avait péril en la demeure. Après 2 mois et ½ de pressions quasi quotidiennes auprès des ce prestataire et grâce aussi à la bonne volonté de celui-ci, une rectification était apportée et une information diffusée par ses soins à ses clients (nos employeurs).
Nous ne nous posons pas en sauveurs, mais si cette situation avait perduré, les implications en auraient été catastrophiques.
Il vous aurait fallu pour boucler vos heures 64 cachets au lieu de 43…

Nos informateurs c’est vous…
Nous avons mis en place, sur notre site le document « rapport de tournage » pour que vous puissiez nous faire remonter des informations dans l’anonymat le plus complet. Le « black-listage », malgré sont interdiction totale par la loi restant une pratique courante, il nous fallait impérativement procéder de la sorte.
Nous avons appris avec le temps et mis en place des procédures simples mais, nous l’espérons, les plus efficaces possibles. Lorsque pour des abus sur un tournage, nous n’avons qu’un seul témoignage, nous n’agissons pas car nous avons pour principe le recoupage systématique des informations : nous devons toujours être crédibles.
Chacun de vos rapports de tournage, même s’il n’est pas suivi d’effet, n’est pas pour autant jeté aux oubliettes, bien au contraire. Retrouvant film après film pratiquement les mêmes employeurs, cela nous sert à plus long terme. Les récidivistes, producteurs ou chefs de file, maintenant nous les connaissons. Chaque fois qu’ils entament un nouveau projet, nos signaux d’alerte se mettent donc instantanément au rouge. Nous aussi nous avons notre liste de vilains petits canards.

Nous vous souhaitons, à toutes et à tous, une très belle année 2013.
Pour notre part, un des vœux les plus chers que nous formulerions pour 2013 serait de voir la disparition de l’A.C.I.A, cela voudrait dire que nous ne rencontrerions plus aucun problème sur les plateaux.
Restons malgré tout vigilants et lucides, la route reste encore longue et tortueuse même si un long chemin a déjà été parcouru.